projet de roman

Enfant tragique

L’atmosphère est une chose belle et compliquée. En elle semble se contenir la poésie secrète de notre relation au monde. C’est, en architecture, un objet de réflexion très contemporain : ce qui se passe affectivement dans un espace, ce qui s’y échange, ce troc silencieux entre ce qui nous entoure et ce qui nous habite. Peut-être l’atmosphère doit-elle être, pour la littérature aussi, un enjeu fondamental ; cet espace de rencontre entre le texte, ses couleurs, ses formes, ses textures, ses sens, sa musique, sa tactilité, son corps et la panoplie entière de ses éléments de composition – son style –, toute la projection d’un monde imprimé et ce que nous lui apportons de sensibilité, d’expérience et de mémoire ; d’interprétation. Tout le travail de ce livre est là, dans le processus d’émergence de cette poésie secrète. Cachée bien au-delà du sens, loin du journalisme et de sa langue quotidienne, prête à revenir au seuil de l’être. Cri, chant, tableau, journal intime, poésie, roman ou même architecture, peu importe sa nature exacte et sa classification. Pourvu qu’au passage de ce qui vient s’éveille une atmosphère qui vaille d’être vécue. « Et l’incendie a repris. »

E. R.